Jean-Michel Blanquer présente ses premières mesures

Jean-Michel Blanquer a présenté ce jeudi aux syndicats d'enseignants les mesures qu'il compte mettre en place pour la rentrée 2017-2018. Conformément aux promesses d'Emmanuel Macron, il reviendra sur les réformes du collège et des rythmes scolaires.

Jean-Michel Blanquer a été nommé ministre de l'Éducation nationale le 17 mai dernier. (Photo : DR)

Déjà à pied d'œuvre. Fraîchement nommé ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer rencontre ce jeudi 8 juin les syndicats enseignants pour leur présenter ses premières mesures. Celles-ci consistent notamment en un profond assouplissement des réformes du collège et des rythmes scolaires qui avaient vu le jour sous le quinquennat de François Hollande. Dans un long entretien accordé au Parisien, il détaille également plusieurs mesures annexes qu'il entend mettre en place à la rentrée prochaine.


Donner la possibilité aux collèges de rétablir des classes bilangues et les cours de latin était une promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Dans le projet d'arrêté qui est présenté aujourd'hui, on peut ainsi lire qu'« un enseignement commun ou complémentaire [pourra] à chaque niveau être dispensé dans une langue vivante étrangère (...) à la condition qu'il ne représente pas plus de la moitié du volume horaire de l'enseignement considéré ». De même, on apprend que les enseignements facultatifs pourront porter sur « les langues et cultures de l'Antiquité » dans la limite d'une heure hebdomadaire en 5ème, et de trois heures hebdomadaires en 4ème et 3ème.

Détricotage proudhonien de la réforme du collège


Comme il l'a souvent répété durant sa campagne, Emmanuel Macron entend accorder beaucoup plus d'autonomie aux collèges. Cette orientation prend corps, par exemple, dans le sort qui sera réservé aux très critiqués enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Ces derniers ne feront plus l'objet d'un pilotage national mais seront laissés à la libre appréciation des établissements et de leurs équipes pédagogiques. Ils pourront ainsi être supprimés dans les collèges où ils posent trop de difficultés. De plus, les 8 thématiques obligatoires ne seront plus imposées : le contenu des EPI sera lui aussi laissé à la discrétion des équipes pédagogiques.

Certains syndicats enseignants se sont d'ores et déjà prononcés sur ce projet d'arrêté. C'est le cas du SNES-FSU qui, par la voie d'un communiqué de presse, estime que « le renvoi au local (…) est un pas vers davantage d'autonomie des établissements » qui « risque de renforcer les inégalités territoriales ». Dans un entretien au Monde, la secrétaire générale adjointe du SNES affirmait également qu'« augmenter le nombre de décisions à arbitrer dans chaque établissement » pourrait contribuer à « mettre les collèges en concurrence pour, au final, avoir un enseignement à plusieurs vitesses. » La secrétaire nationale du SE-UNSA se montre également réticente. « Ce projet induit un détricotage politiquement habile de la réforme. On laisse au terrain la responsabilité de la déconstruire, avant même de lui laisser le temps de la digérer. Pour un ministre qui prétend vouloir piloter par les résultats, cela n'est pas très cohérent... »

Rythmes scolaires : vers un retour à la semaine de 4 jours


Mais la réforme du collège n'est pas la seule à être dans le collimateur de Jean-Michel Blanquer. Il entend également revenir sur la réforme des rythmes scolaires et le lot de polémiques qu'elle traîne depuis bientôt cinq ans. Et là encore, cela se fera dans le sens d'une plus grande autonomie accordée aux établissements. En effet, le texte prévoit d'élargir « le champ des dérogations à l'organisation de la semaine scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires publiques ». Car si l'objectif affiché du texte n'est pas de revenir sur la semaine de quatre jours et demi, il permettra « au représentant départemental de l'éducation nationale (…) d'autoriser des adaptations aboutissant à répartir les 24 heures d'enseignement hebdomadaires des écoliers sur 8 demi-journées ». Autrement dit, sur 4 jours.

Jean-Michel Blanquer veut également apposer sa griffe sur la sphère éducative. Dans un long entretien accordé au Parisien ce jeudi 8 juin, il indique toute une série de mesures qu'il souhaite mettre en place dès la rentrée prochaine. D'abord, ôter le caractère « exceptionnel » que Najat Vallaud-Belkacem a donné au redoublement. « Il y a quelque chose d'absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant les retards, justifie-t-il. Le redoublement doit rester possible quand c'est dans l'intérêt de l'élève. L'autoriser à nouveau, ce n'est pas un virage absolu mais c'est une inflexion importante. » Le ministre veut également créer des stages d'une semaine pour les élèves de ZEP qui s'apprêtent à rentrer en 6ème. Ces stages auraient lieu pendant l'été et seraient principalement axés autour du français et des maths. Il souhaite également que les élèves aient la possibilité de faire leurs devoirs directement au collège. Pour cela, il veut créer des sessions après les cours encadrées par des enseignants volontaires et des assistants éducatifs embauchés en service civique. Enfin, position plus iconoclaste, il désire que les programmes scolaires accordent une plus grande importance à l'enseignement de la musique. « Je compte notamment faire en sorte qu'il y ait des chorales dans toutes les écoles et collèges, explique-t-il. Nous allons aussi encourager les pratiques instrumentales et les concerts. » Trois semaines après sa prise de fonctions, c'est donc un départ en fanfare pour le nouveau ministre de l'Éducation nationale.

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